Sunday, May 18, 2008

Réfugiés iraqiens

Voici deux articles que j'ai écrits pour le journal de l'université, sur les réfugiés iraqiens en Syrie (ici) et à Seattle (ici).
Bientot je vous reconterai mon voyage à Chicago...

Sunday, May 04, 2008

Le Joli mois de Mai



Le Premier Mai, journée des travailleurs, n'est pas un jour férié aux Etats Unis. Pourtant c'est le mouvement social américain qui nous l'a donné, se mettant en grève ce jour là dès 1884 pour obtenir la journée de 8h.
Les Américains qui ne font jamais rien comme les autres ont décidé que leur journée des travailleurs serait le 4 septembre, à la fin de l'été. Je pensais que cette décision venait de la guerre froide et d'un souci de se distinguer des communistes mais d'après Wikipedia, Labour Day est devenu un jour férié officiel dès 1894.

Les manifestations du Premier Mai ont pourtant repris de la vigueur aux Etats Unis, avec le mouvement contre la guerre et le mouvement des travailleurs sans-papiers. Depuis 2005 en particulier de grands cortèges se forment dans les rues des métropoles américaines. A Seattle il n'y avait "que" quelques centaines de manifestants, mais cela est déjà extraordinaire pour un pays qui ne connaît pas le droit de grève - je ne connais rien à l'histoire sociale américaine, les contributions de mes lecteurs sont plus que bienvenues (Irène ??); mais c'est un fait que les entreprises (et la plupart le font) peuvent stipuler dans le contrat d'embauche que la grève est interdite. Donc seuls ceux qui n'ont de toutes façons pas grand chose de plus à perdre (les sans papiers) et ceux qui ont un syndicats puissants peuvent descendre dans la rue. A Seattle la manifestation du Premier Mai était organisée par les dockers, et leur syndicat "International Longshore and Warehouse Union" ILWU composait au moins les trois quarts du cortège.



Le mot d'ordre était "No peace, no work" - pas de paix, pas de travail. ILWU est si puissant que tous les principaux ports de la côte ouest étaient fermés le Premier Mai, de Seattle à San Diego. Et ils ont même été soutenus par un débrayage de deux heures des travailleurs du port de Bassorah en Iraq. Les médias bien sûr ont à peine relayé l'information et on pouvait seulement lire dans le New York Times que l'action visait à établir un rapport de force entre le syndicat et l'un des principaux employeurs, Pacific Maritime Association, dans la perspective du renouvellement des contrats dans deux mois. Les participants étaient plus ou moins décrits comme de dangereux communistes ou d'inconscients anarchistes. Les discours étaient pourtant très clairs et très pragmatiques, faisant la liste notamment de ce qui pourrait être payé avec le montant de l'argent versé par l'Etat de Washington pour la guerre en Iraq : 25 000 bourses d'études; ou 15 000 assurances-maladie pour les enfants; tant de nouveaux professeurs pour les écoles etc.

Le cortège a défilé le long des docks de Seattle, une longue marche dans la zone industrielle, à l'écart du centre des affaires mais néanmoins visible depuis la rocade (des camions klaxonnaient en soutien). Et puis vu la présence policière ce n'était pas très discret: pour trouver le lieu de départ de la manifestation je n'avais qu'à viser l'hélico, et ensuite suivre la police montée, puis les rangées de flics gras en Harley Davidson, puis les files de flics sveltes en vtt, et enfin arriver au lieu des banderoles.


J'ai rencontré dans le cortège un jeune soldat militant de "IVAW"; vétérans d'Iraq contre la guerre, qui distribuait des prospectus pour l'événement "Winter Soldiers" à Seattle. Winter Soldiers, c'est cette manifestation des soldats du Viet Nam qui a permis la dénonciation des atrocités commises par l'armée américaine, des tortures et des massacres de civils ( c'est là que John Kerry est devenu célèbre). Les vétérans d'Iraq qui voulaient dénoncer la guerre ont repris l'idée et organisé une grande conférence dans le Maryland au mois de mars, pour décrire les combats, les méthodes de l'armée, et faire parvenir un autre message que celui des médias incorporés à l'appareil d'Etat. Bien sûr ces derniers n'ont pas fait mention de l'événement, qui a pourtant rassemblé des centaines et des centaines de personnes et révélé des témoignages exceptionnels. On peut les écouter sur Democracy Now (l'un des rares- et peut être le seul- média indépendant aux USA) et sur le site de IVAW.
Le jeune soldat avec qui je parlais n'avait pas vingt ans. Il s'était engagé dans l'armée en 2006 parce qu'il ne savait pas quoi faire en sortant du lycée. Il vient du Sud, de la Bible Belt, et il n'y a pas beaucoup d'opportunités là bas. En discutant, il tentait de se cacher derrière moi parce qu'il y avait trop de caméras, et il avait peur de retrouver sa photo dans une feuille de chou locale: en tant que soldat il n'est pas censé manifester. Il me raconte que dans sa brigade cinq sont morts dans des attaques à a bombe. Le commandement est nul. La guerre ne fait pas de sens. Il veut partir. C'est un peu compliqué, et risqué, il connaît des gens qui se cachent, d'autres qui sont partis au Canada. Lui aimerait aller en France, quand il aura fini son contrat, dans six mois. Entre temps il devra passer encore quatre mois en Iraq. Il aimerait venir témoigner pour le mouvement contre la guerre en France.

Saturday, April 26, 2008

Cultivons notre jardin





Je me répète, pour ceux qui suivent mon blog; et je parle trop souvent de la météo.. mais il faut dire qu'après des jours de pluie, de grèle et même de neige, revoir le soleil c'est un peu renaître.




Alors aujourd'hui tous ceux qui n'étaient pas dans les parcs à faire des barbecues tondaient la pelouse. En allant acheter des saucisses pour le petit déjeuner (de petites saucisses au sirop d'érable...) je suis tombée sur des fleurs en promo, je me suis dit : bon je ne vais pas à la prison aujourd'hui, je fais du jardinage. J'avais déjà planté à l'automne un cerisier Kwanza du Japon, qui s'est décidé enfin à fleurir (après tous ceux de l'université, sur les photos ci dessus) et me remplit de joie.







Et puis comme la perspective d'une pénurie alimentaire pointe à l'horizon, mais pas assez sérieusement aux Etats-Unis pour que je sois vraiment sérieuse dans mes choix agricoles, j'ai aussi planté du persil, du basilic et des carottes. Et aussi des tournesols offerts par le Dalai Lama pour faire grandir la compassion dans nos coeurs.

Entre cela et la lecture de Torture and Democracy par Darius Rejali (un livre pas très joyeux mais fascinant, une sorte d'encyclopédie des pratiques de torture "propre" développées par les régimes démocratiques. La mise à l'isolement en prison finalement ressemble beaucoup à cela...), je suis allée à un barbecue sur un bateau (il y a plein de gens qui habitent sur des bateaux, ou des maisons-bateaux boathouses sur les lacs de Seattle) et puis à un concert de Qawali, chants soufis pakistanais (les frères Shreh et Mehr Ali, et leurs fils), magnifique...

Un truc intéressant aussi pour les amateurs de Kurt Cobain: en allant à la prison de Stafford Creek la semaine dernière je suis passée par Aberdeen, une ville inintéressante au possible, déprimante, et dont le panneau d'acceuil à l'entrée dit "Come as you are". Je vous écris ça assise dans mon salon, à boire du mauvais vin californien, en écoutant Cody qui a entrepris d'enseigner la guitare à Sayeeda (je vous mets la photo mais probablement pas pour longtemps parce qu'elle va probablement hurler si elle découvre que j'ai fait ça...)

Thursday, April 17, 2008

Kader Attia


Je suis enfin allée voir l'exposition des oeuvres de Kader Attia, artiste français d'origine algérienne, à Henry Art Gallery, le petit musée d'art contemporain de l'université.
Kader Attia était en résidence à Seattle au mois de février - je n'ai pas pu assister au vernissage de l'exposition ni à sa présentation, et je le regrette car ses oeuvres sont d'une force et d'une poésie extraordinaires.
Le visiteur arrive par une passerelle qui surplombe une grande salle, où sont agenouillées de fragiles sculptures de papier aluminium. Ce sont des hommes en prière. Plus d'une centaine se recueillent dans leur corps frêle, le dos courbé devant l'immense lumière. Humble état de mortel. Et lorsqu'on descend au niveau de ces prieurs, que l'on s'approche de leur corps et de la ligne nette de la colonne vertébrale, leur visage surgit, immense vide, questionnant l'infini.

Dans la salle qui jouxte les hommes en prière se dressent des cubes blancs, massifs mais un peu chancelant, comme une forêt incertaine d'obstacles et de poésie. Les photographies de la plage d'Alger "Rochers Carrés" donnent une clé de lecture pour ce monument qui rappelle aussi bien le monument de l'holocauste à Berlin que les HLM en France. Il faut marcher entre les cubes et ressentir cette peur enfouie - cela va-t-il me tomber dessus, m'engloutir ?

Une autre installation : les sacs plastiques vides. Une poésie de l'ordinaire qui prend tout son sens avec le petit récit des promenades de l'artiste le soir à Paris, rencontrant des pauvres gens leur plastique vide à la main, venus attendre la distribution de la banque alimentaire. La simplicité évidente de ces quelques sacs exposés sur une table à tréteaux en bois.

Enfin, une vidéo. Belle et efficace. C'est un grand cube blanc formé de centaines de petits cubes de sucre. Un bâtiment. Un iceberg bien géométriques si vous voulez. Des jets de pétrole sont lancés sur le cube et créent de jolies taches noires. Jolies taches noires. Jolies taches noires. Jusqu'à ce que le cube imbibé de pétrole commence à chanceler, et un pan de l'édifice s'effondre. Le pétrole continue à couler. Passe à travers le sucre, ressurgit en dessous. Le cube tout entier s'effondre et les petits morceaux géométriques flottent sur la mare noire, en scintillant. Et c'est toujours en scintillant que peut à peu le sucre se dissout dans une purée infâme qui s'écoule par tous les bords.

Friday, April 11, 2008

Graines de Compassion

Je suis, avec ma copine Delphine, la voix du dalaï lama sur internet... nous traduisons les discussions de l'événement "Seeds of compassion" pendant les cinq prochains jours, à Seattle. Vous pouvez voir les vidéos sur le site de l'événement (cliquer sur français pour avoir ma voix; sur l'arabe pour avoir la voix de ma copine Amel; sur l'allemand pour avoir la voix de ma copine Lissy; il y a aussi russe, espagnol, amharic, italien, hébreu, penjabi, polonais, hindi, mandarin etc)
Merci de votre indulgence; nous ne sommes pas professionnels et la traduction simultanée c'est vraiment difficile. Bon et aussi ils ont mis les conversations off sur le site mais on n'a rien dit de non compassionnel alors ce n'est pas grave...
Et puis le soir Zied est venu avec sa chérie Américano-Tibétaine qui est chanteuse et qui nous a chanté le Tibet sera libre.... : l'écouter ici

Wednesday, April 02, 2008

Utah


Utah, c'est le pays des Mormons, ou "LDS" (Last Day Saints). Le 21 septembre 1823, Joseph Smith (que son nom prédestinait à une existence exceptionnelle) reçut la révélation du dernier livre de la Bible et fonda la religion du nouveau monde. A vrai dire je ne sais pas trop ce qu'elle contient, à part ce qu'on en trouve sur wikipedia, les habituelles critiques de la polygamie, et les rumeurs concernant les dessous sacrés (sacred underwear - imaginez Mitt Romney en porte jarretelles bénis...).

Je n'ai pas appris grand chose lors de mon séjour à Salt Lake City, sinon que LDS avait beaucoup d'argent (un immense temple, un immense centre de conférence, un musée, une banque appelée "Zion Bank" etc) et que tous ceux qui n'étaient pas Mormons les haïssaient. Plutôt ruraux (on cache mieux ses multiples femmes à la campagne qu'en ville, disent les mauvaises langues) les Mormons sont une minorité à Salt Lake City, une ville démocrate dont le maire est réputé pour ses positions libérales (au sens américain; ie à gauche).




A part le grand temple des Mormons - dans lequel on ne peut pas entrer mais qui, selon la brochure distribuée par les gentilles volontaires chinoises, ressemble beaucoup à un hôtel de luxe à l'intérieur -, Salt Lake City est connue pour les Jeux (eh non, pas pour le lac; malgré mes demandes répétées je n'ai pas pu le voir : à chaque fois que j'ai mentionné le sujet on m'a répondu que le lac puait et était de toutes façons complètement inintéressant, et qu'il n'y avait bien que des Mormons pour avoir l'idée de construire une ville près d'un lac si salé que seules des crevettes rachitiques peuvent y survivre. Pour la petite histoire, ces crevettes font l'objet d'échanges économiques intéressants: envoyées en Asie pour nourrir des gambas renvoyées par delà l'océan pour le régal des riches Mormons dégustent dans leurs restaurants). Les Jeux donc; SLC est entourée de montagnes enneigées. Park City, à quelques miles, abrite une des plus grandes stations de ski des Etats Unis: un domaine skiable immense, qui donne vue sur toute la vallée.



Le sud de l'Etat, c'est le désert: un désert de roches sableuses, ocres beiges, jaunes et rouges; canyons et falaises; sculptures tracées par le temps et le mouvement terrestre; glaces oubliées à l'ombre des roches, sables cryptobiotiques.









Les vacances furent courtes mais j'ai pu faire du ski, grimper des falaises dans le désert, bronzer et peler et rebronzer et attraper un rhume dans le froid nocturne; lire To Kill a Mockingbird de Harper Lee; apprendre les mouvements de base du yoga avec David, un philosophe des bois, qui nous avait construit une sweatlodge l'été dernier, lit Nietzche en version originale et connaît tous les recoins du désert d'Escalante.

Friday, March 21, 2008

Birch - mon coloc musicien

Je ne vous ai jamais parlé de Birch ( "bouleau"; il porte le nom d'un arbre) dans mon blog et pourtant on vit ensemble. C'est mon coloc musicien au regard ténébreux qui joue de la contrebasse et compose. Il joue dans des groupes de styles très différents mais tous excellents. Pour l'instant il ne tourne qu'à Seattle, et un peu en Oregon d'où il est originaire. Mais il vient d'enregistrer un disque de jazz avec son groupe Cytosoul (écouter - vous pouvez même l'acheter sur itunes) et son groupe de funk prépare un disque aussi - regardez le clip: Birch c'est le joueur de basse aux sourcils épais.

Pour l'anecdote, le chanteur, Dawood, est dentiste le jour...
Birch - qui aime ça et doit aussi payer son loyer et ses factures d'électricité avec les pourboires qu'il reçoit dans les bars... - joue dans un troisième groupe Vunt Foom (celui qui devine ce que ça veut dire je lui offre un carambar) que j'ai vu hier soir; musique electro-jazz expérimentale. Ils jouaient dans un café qui ressemble à une grange, l'ambiance était chaleureuse, les patrons ont même apporté un gateau pour l'anniversaire d'un des musiciens; et un rappeur est venu les rejoindre pour quelques morceaux (au début c'était de la pure impro mais il aime le groupe alors il commence à venir régulièrement et il va peut être s'y intégrer ?). Bref j'assiste en direct à la naissance de la gloire... Je me demande parfois si je devrais voler les caleçons de Birch pour les revendre sur ebay dans quelques années... Petit message personnel à ces demoiselles, Birch est célibataire...
Et puis, comme on est dans le chapitre "musique", voici le lien pour un groupe hip hop très populaire à Seattle, les Blue Scholars