Sunday, May 27, 2007

Le Printemps à Seattle – et Bamako.

C’est un moment fabuleux ou désespérant, selon les jours. Il fait froid, il pleut, et puis tout d’un coup le ciel est radieux et le soleil fait chanter la nature sous ses rayons – si beau qu’on en devient amnésique (ah bon, il pleuvait hier ? ah oui tiens…). Les étudiants se promènent en shorts et en petite robe, lisent sur les pelouses du campus, jouent au frisbee ou à des trucs plus originaux (monocycle, pyramides humaines) ce qui donne un petit air de cirque au campus… Les « fraternities », ces maisons à fronton grec dans lesquelles vivent des hordes de fils à papa (et de filles à maman, dans les « sororities ») tout excités d’échapper à la tutelle parentale et qui se perdent dans les beuveries le soir, s’ouvrent et se mettent à exposer leurs barbecues, beach-volley, cinéma en plein air (oui, oui, comme quoi le grand mur blanc de la façade, ça sert à quelque chose) !
Et puis la semaine suivante on paie ces quelques jours (heures…) de beau temps… pluie, froid, on ressort les manteaux et imperméables, et on déprime à voir ce ciel gris - qui va pourtant finalement nous permettre de travailler sérieusement et préparer les examens qui approchent.

Mais le Printemps c’est aussi la saison des festivals. Street Fair – sorte de fête de rue, avec plein d’artisan locaux et de stands de bouffe en tout genre (j’y ai découvert les oreilles d’éléphant, version américaine de la crêpe… enfin, une crêpe de cowboy quoi, un beignet de 10cm d’épaisseur, bien gras et saupoudré de sucre+cannelle). Folklife, festival de musique folk et musiques du monde, gratuit, au cœur de la ville. C’était pour moi l’occasion de découvrir un nouveau visage de Seattle : les jeunes grunge qui perpétuent la mémoire de Nirvana, et les vieux hippies qui retrouvent leurs jeunes années en dansant comme des petits fous sur les rythmes africains, sur le groove hawaïen, ou encore la musique irlandaise ; et puis les vieux activistes qui retrouvent l’âme de Joan Baez en fredonnant sur la pelouse…

Enfin, le printemps c’est aussi la saison du festival international de cinéma – un événement extraordinaire, des centaines de films présentés. Regardez le site internet, il est chouette. J’ai vu dimanche soir le film Bamako (je ne sais pas si c’est sorti en France ?) c’est le procès de la société civile africaine contre les institutions financières internationales, procès qui se tient dans la cour très colorée d’une maison africaine où passent toute sorte de gens, la fille qui chante, le malade qui se meurt, la matrone qui teint des tissus, les enfants avec leurs jouets en plastique qui couinent, les policiers corrompus, les avocats, et le peuple réuni dans l’audience ; les tirades sont parfois longues, témoignages contre les politiques économiques désastreuses imposées à l’Afrique, et en faveur de l’annulation de la dette. Mais le spectateur doit faire l’effort d’écouter ceux qui, pour une fois, prennent la parole en leur propre nom. C’est un film résolument militant mais qui ne perd pas de vue l’esthétique cinématographique, et évite résolument le misérabilisme dans son portrait coloré du Mali.
(nb- la mise en page est trompeuse mais la photo correspond au festival folklife: ce sont des musiciens ghanéens. Certes c'est aussi l'Afrique mais ne mélangeons pas tout...)

Sunday, May 13, 2007

ethnomusicology concert


Les élèves du grand Pr de Dhrupad, chant multicentenaire de l'Inde du Nord. Je ne suis pas encore assez douée pour mettre les vidéos sur ce truc, mais vous vous satisferez d'une photo, jusqu'à ce que j'arrive à importer le chanteur bouclé jusqu'en France...

Sunday, May 06, 2007

de la politique à l'eau- et du colonialisme dans les musées


Faut-il vraiment que je commente la politique? On s'y attendait un peu.. tout ce que j'ai à dire c'est qu'il faudra se rattraper un peu aux législatives pour avoir un peu de contrepoids, ou au moins pour qu'il n'ait pas trop de champ libre, qu'il ne fiche pas tous les gamins et pour qu'on lui impose Azouz Begag en ministre de l'identité nationale (ce serait rigolo!).
La campagne pour les présidentielles (novembre 2008) a déjà commencé aux Etats-Unis, avec des débats entre les candidats des deux grands partis. Bien-sûr les médias mettent en avant leurs favoris, côté démocrate: Hillary Clinton, Barack Obama et John Edwards. Moi je préfère Dennis Kucinich, un candidat que j'ai découvert récemment dans une émission de radio, qui est très clair sur ses positions en matière de politique étrangère (arrêter de financer une guerre si on prétend s'y opposer), et qui propose aussi une réforme du financement des partis. Ce ne serait pas une mauvaise chose !
Sinon pour ma petite vie... tout va bien, je suis heureuse, je lis plein de bouquins passionants, je découvre l'univers carcéral américain, j'ai fait du kayak hier matin et j'ai visité cet après-midi le musée d'art moderne de Seattle qui vient de rouvrir après travaux. C'est un très beau musée qui m'a donné beaucoup à réfléchir sur la manière d'exposer les "arts premiers" et l'art populaire. Le musée du Quai Branly est finalement très décevant et ne parvient pas à sortir d'une vision néocoloniale des peuples primitifs figés dans leurs traditions millénaires qu'il faut absolument sauver du déluge capitaliste; l'architecture "Arche de Noé" traduit très bien d'ailleurs l'idéologie de l'ensemble. C'est une sorte de musée de la repentance: la puissance coloniale qui a exposé ces peuples à la "décadence" par trop plein de "civilisation" prend désormais en charge la préservation de leur patrimoine. L'image de la rivière qui traverse le coeur des ténèbres n'est pas anodine... J'ai trouvé en visitant le musée du Quai Branly qu'il avait été injustement dénigré - mais rétrospectivement je rajouterai une couche sur les critiques qui ont déjà été faites. Non seulement le musée du Quai Branly n'a pas de valeur scientifique à proprement parler (je laisse les anglophones se délecter avec le blog d'olivier morin sur ce sujet: http://www.cognition.ens.fr/~alphapsy/blog/?2006/09/28/39-branly ) mais les choix esthétiques n'ont pas de logique non plus. Ca fait un peu penser au projet du génome - je ne sais pas comment on appelle officiellement en français ce truc: Human Genome Diversity Project, dont le but est de conserver l'héritage génétique humain dans sa diversité, et pour cela aller chercher les peuples les plus isolés qui auraient le génome le plus pur, avant que cette pureté ne disparaisse dans les brassages humains : le texte du projet donne priorité aux groupes définis comme "unique, historically vital populations that are in danger of dying out or being assimilated"; curieusement, tiens, c'est à peu près les même que ceux du Quai Branly, des "peuplades" figées dans leur essence ou dans leur culture, définitivement Autres... Il faudrait en finir avec ce complexe de l'arche de Noé !
Le Seattle Art Museum, SAM de son petit nom, propose une approche bien plus intéressante, présentant l'art traditionnel aux côtés de l'art contemporain, les masques de telle tribu du Nigeria mis en scène sur des pantins reproduisant leur usage dans les cérémonies religieuses contemporaines, avec tous les éléments en usage, y compris les chaussures occidentales,la montre made in china, les bracelets en plastique... Les oeuvres "traditionnelles" des Aborigènes d'Australie à travers la reprise de leurs motifs par des artistes aborigènes contemporains. De même pour les Amérindiens de la région. Ce n'est pas l'exotisme qui est mis en scène, mais la vitalité et la créativité des artistes - qui finalement ne sont pas si "autres" que cela...

Sunday, April 22, 2007

En vrac: pow wow, brunch électoral et Dome de l'Huitre


Commençons donc par la semaine dernière: je suis allée voir le "Pow-wow" organisé par la Native American Association de l'Université sur le campus. C'était intéressant mais décevant à la fois. Intéressant de voir des Indiens avec de beaux costumes de plumes danser en rythme et chanter des chants de victoire. Les instructions étaient données par un speaker obèse qui jouait les animateurs de foire. Les spectateurs, clairsemés, étaient presque tous aussi des gens obèses qui regardaient nonchalamment le spectacle en sirotant leur coca-cola, avant de retourner chez eux (dans une réserve-casino?) avec leur grosse 4x4. Inutile de dire que pour moi le mythe des Indiens indissolublement liés à Mère Nature s'est brutalement effondré. Je m'attendais à ce que ce pow-wow ait une certaine dimension politique, compte-tenu notamment des contentieux qui opposent les tribus indiennes et les autorités locales, en particulier concernant la propriété du terrain de l'université... Je n'ai pas suivi toute la "cérémonie", certe, mais celle-ci m'a laissé l'impression amère d'une attraction mi-touristique, mi-narcissique, cherchant à ressusciter avec des plumes en synthétique et des habits fluos des traditions éteintes depuis un bout de temps déjà... Certes les enfants étaient mignons avec toutes leurs plumes mais pas très convaincants finalement...
Je suis ensuite retournée à mes livres, ce que je vous épargnerai. J'ai fait d'autres choses importantes au cours de la semaine... j'ai obtenu un moyen de rester l'an prochain en continuant d'enseigner le français. Donc je l'annonce solennellement ici : je ne rentre pas l'année prochaine, mais vous pourrez me voir en juillet !
Autres démarches importantes que j'ai accomplies cette semaine: trouver une salle dans l'université pour se réunir entre Français et regarder les résultats des élections ! Impossible: ils voulaient nous faire payer 100 $, même si on disait qu'on était étudiants et que c'était éducatif ! Heureusement un des TA du département de français avait TV5 chez lui du coup il a invité tous les français de l'université et on s'est retrouvés pour un "brunch électoral" chez lui, à 10h du matin, avec jus d'orange et gateau au chocolat pour faire patienter. C'était super, je n'avais jamais passé une telle "soirée" électorale ! Il faut dire qu'on était assez nombreux, une vingtaine, et chacun y allait de son commentaire, pour déplorer l'habileté rhétorique de Sarko (il parle bien le vilain) ou la nulleté de Ségo : mais enfin pourquoi elle est coincée comme ça ? allez, remue-toi un peu ! - nous avons tous souri quand elle a dit qu'elle ressentait de la joie (j'avais pour ma part parié sur le "bonheur intense") et applaudi quand elle a dit qu'elle était une femme libre. On va quand même tous voter pour elle. Puis on s'est quittés pas très optimistes sur la suite mais en se promettant encore plus de crêpes au nutella pour le second tour...

Pour la santé j'ai aussi fait une très belle randonnée samedi au Oyster Dome, le Dome de l'Huître, ne me demandez pas pourquoi ça s'appelle comme ça je sais seulement que c'est une région où on fait de l'ostréiculture (ou alors de l'élevage de moules mais je ne sais plus comment on écrit ça!). C'était magnifique mais j'ai les jambes en compote... Dire que lundi j'ai un cours de bangra dance ! - pour les non-initié, c'est en gros une version indienne (de l'Inde) de l'aérobic... Je vous laisse sur cette impression d'une vie particulièrement saine et sportive, je vous raconterai la prison la prochaine fois...

Saturday, April 14, 2007

Voter Bayrou ?

Je me décide à mettre un peu de politique sur mon blog, parce que les enjeux sont importants… et c’est l’occasion, pour ceux qui ne le savaient pas encore, de faire mon coming out bayrouiste… Eh oui, j’ai pris ma carte du PS il y a tout juste un an, pour pouvoir choisir les candidats. Ségolène Royal m’irritait un peu et puis je me suis dit que quand même elle avait des chances de rassembler autour d’un projet de gauche – et de son sourire. Puis à force de contradictions, de discours ambigus, de propositions soit irréalistes (notamment en termes budgétaires) soit complètement en décalage avec les valeurs de la gauche (mais d’où a-t-elle sorti son discours sur l’identité nationale ?), le projet socialiste s’est effacé et n’est resté que son sourire. Un peu coincé. Femme et mère de famille. Est-ce vraiment un projet politique ?
Alors je me suis intéressée un peu plus à Bayrou. Son discours clair et réaliste m’avait déjà beaucoup intéressée en 2002, j’avais failli voter pour lui et je m’étais finalement rabattue sur Jospin en faisant le calcul que si mes parents, traditionnellement socialistes, votaient pour les Verts au premier tour, il fallait bien que quelqu'un vote Jospin ne serait-ce que pour qu’il passe au second tour.
Je ne veux pas faire ce calcul maintenant. Parce que je pense que Ségolène Royal n’a aucune chance au second tour face à Nicolas Sarkozy, et que Bayrou au contraire est capable de rassembler, par son discours d’ouverture, et le centre démocrate, et la gauche socialiste. Il y a un réel danger de retrouver Le Pen et Sarkozy au second tour. Je crois que ce serait très dangereux pour la France. C’était douloureux déjà en 2002 pour les gens de gauche de voter Chirac, mais ce sera encore pire de devoir voter Sarkozy. Parce que Chirac conservait au moins un peu de la tradition gaulliste qui permettait d’avoir un certain terrain d’entente avec la gauche social-démocrate (quoiqu’on dise de son bilan en définitive). Sarkozy au contraire a pour modèle la droite américaine, aussi bien au niveau de ses propositions économiques que de son discours nationaliste. Je me souviens avoir souvent dénoncé ceux qui l’accusaient d’être un dangereux fasciste, en disant que je n’étais pas d’accord avec ses idées mais qu’il n’en restait pas moins un démocrate. Je ne peux plus tenir ce discours maintenant. Sarkozy a ouvertement recours aux thèmes de l’extrême-droite, il a un discours diviseur et extrêmement autoritaire que je trouve dangereux. Quelqu’un qui dit à un ministre de son gouvernement qu’il va lui « casser la gueule » n’est pas fréquentable en politique (voir l’affaire Azouz Begag).
Le paysage politique français est en cours de recomposition, je ne suis pas la seule à faire cette analyse. Il y a ceux qui acceptent pleinement les évolutions néolibérales à l’américaines (type Sarkozy), ceux qui les refusent radicalement au point de dénoncer tous les aspects de la mondialisation et l’Europe avec (l’extrême-gauche), et ceux qui dans la tradition social-démocrate tentent d’encadrer les évolutions économiques par des institutions démocratiques capables de rétablir un ordre social plus juste. Il y a ceux pour qui la politique est l’organisation de la compétition, ceux pour qui la politique est l’interdiction de la compétition et ceux pour qui la politique doit être l’aménagement d’un vivre-ensemble.
Je pense que Bayrou est capable de porter ce projet. D’accord il a l’air stupide dans les Guignols de l’Info. Mais justement, n’est-il pas intéressant qu’il soit extrêmement convaincant dans son discours sans être séduisant ? qu’il convainque parce que ses propos font appel au bon sens plutôt qu’aux passions démagogiques et à la victimisation ?
Le PS pour ne pas avoir à contredire Bayrou sur des propositions qui sont proches de celles des socialistes se contente de dire que le candidat centriste n’a pas de programme. C’est un peu léger comme contre-argumentation. Les 100 propositions de Ségolène Royal étalées dans un discours-fleuve sans organisation ne serait-ce que rhétoriques constituent-elles un programme ?
En adhérant au PS l’an dernier j’ai voté pour un projet socialiste que, curieusement, je ne retrouve pas dans le programme de la candidate – qui dit une chose un jour et le contraire le lendemain, et qui ne se sent responsable devant personne puisque de toutes façons « elle ne doit rien à personne » (pourquoi être la candidate d’un parti dans ce cas ?). Les propositions qui me tenaient le plus à cœur, je les retrouve dans le programme de Bayrou : l'environnement, l’investissement dans la recherche, la lutte contre la précarité, la réforme des institutions publiques. Sur le plan de la sécurité, il propose un programme de lutte contre la délinquance qui n’est ni « tout répressif » ni « tout social » et surtout qui prend acte de l’importance d’une réforme du système pénitentiaire.
J’ai trouvé aussi dans le programme de Bayrou un autre thème crucial dont je n’ai perçu l’importance que récemment : la réduction de la dette, problème pour lequel il est le seul à proposer des solutions concrètes.
Enfin, un thème fondamental, qu’il est le seul à prendre en compte sérieusement : l’Europe, qui a mystérieusement disparu de la campagne, comme si on s'occupait de changer les sièges de la voiture sans prendre le temps de regarder si le moteur fonctionnait toujours.
Je ne vais pas continuer plus longtemps, ceux qui pensent que les enjeux sont assez importants pour qu’on s’y intéresse peuvent aller voir le site du candidat (www.bayrou.fr ).

Saturday, April 07, 2007

Visite en prison

A part admirer les cerisiers en fleur (qui fânent déjà malheureusement), je me suis aussi remise à travailler... J'enseigne le niveau intermédiaire 2, c'est-à-dire la suite de ce que j'enseignais au trimestre précédent. Et je prends deux cours avec les professeurs que j'adore, Arzoo Osanloo et Lorna Rhodes - La première enseigne l'anthropologie du droit, un cours assez theorique mais très stimulant sur le processus de formation des lois, comment tel type de législation s'inscrit dans tel type d' organisation sociale et économique - Arzoo Osanloo est juriste de formation et s' est mise à l'anthropologie après avoir exercé comme avocate pour les demandeurs d' asile; elle a aussi écrit sur le système légal iranien, qui tient autant de l'Etat islamique que de la République.
Lorna Rhodes qui travaille sur les prisons et la santé mentale avait déjà enseigné un cours sur les prisons américaines au premier trimestre. Maintenant c' est un cours de " service learning", ce qui signifie que les élèves doivent remplir un certain nombre d' heures de volontariat.. dans les prisons: centres de détention pour mineurs, prisons ou pénitenciers - grâce à ses relations dans le pénitencier d'Etat de Monroe (environ 45mn de Seattle) j'ai pu, avec une autre étudiante, accéder à cet endroit que je me représente comme l'envers de la société américaine. Les Etats-Unis sont le pays qui a la plus grande proportion de sa population nationale en prison: 2,3 millions de prisonniers! Seule la Chine, avec ses statistiques floues, pourrait rivaliser avec cela !
Je suis allée à Monroe pour la première fois jeudi dernier. Juste pour l'orientation (consignes de sécurité et visite de la prison). Nous avons été affectées à l'unité pour les "Special Offenders" - "speciaux" en ce qu'il s'agit de malades mentaux. J' avais un peu des craintes tout de même... aller dans une prison de longues peines où sont enfermés des gens psychiatriquement très perturbés.. Mais le premier contact s'est très bien passé. La responsable de la Special Offender Unit est une spécialiste de la santé mentale et son unité est une sorte d' hôpital psychiatrique à l'intérieur de la prison. Il y a différent niveaux de sécurité, selon que les prisonniers sont jugés plus ou moins dangereux. Nous serons affectées aux sections des détenus ne présentant pas de danger particulier - ce sont ces sections que nous avons visitées, je crois que nous ne verrons pas les autres.
Jeudi était un jour de grand soleil, et Monroe se trouve au pied de grandes montagnes (c'est sur le chemin des stations de ski...) - la prison m'a paru belle, loin des descriptions horribles que les autres étudiants avaient faites des centres de détention pour mineurs. Le bâtiment principale s'appelle "réformatoire" : c'est une belle bâtisse du début du siècle (je devrais dire XXe, mais bon ca parait encore assez evident...), avec des colonnes grecques sur la facade, ce pourrait aussi bien être un musée ! L'intérieur est bien moins joyeux, évidemment. Mais très propre. La "Special Offender Unit" est toute neuve, construite au début de ce siècle. Les sections que j'ai visitées ressemblaient un peu à des maisons de retraite: en fait l' architecture intérieure est comme dans Oz (c' est une série américaine sur les prisons, si vous ne connaissez pas je ne vous conseille pas de regarder parce que vous allez avoir peur pour moi, c'est hyper violent!), une grande salle commune entourée des cellules à l' étage. Les détenus passent la journée à jouer au scrabble ou regarder la télé. Et il y a des programmes de réhabilitation et d'aide psychologique, c'est ce à quoi nous allons participer. Il s'agit principalement de groupes de discussion mais j'en saurai plus la semaine pochaine. Un autre programme de la prison a été mis en place avec une association locale de type SPA qui recueille des chatons abandonnés: les prisonniers ui participent à ce programme ont la responsabilité de s'occuper d' un petit chat, de lui apprendre à être propre et à ne pas avoir peur des hommes, pour que les petits chats puissent être adoptés après. Ce fut mon premier contact avec des prisonniers, autour d' un chaton de quelques semaines, pour qui ils montraient tant de tendresse et d'affection que c'en était touchant. La responsable de l'unité est très contente de ce programme et dit que pour certains détenus, c'est la première occasion qu'ils ont de ressentir de l'empathie.

Monday, April 02, 2007

Dévaler les pistes



Je suis allée skier ce dimanche ! grand événement: la dernière fois que j'ai skié, j'avais 12 ans et c'était en classe de neige. A ma grande surprise je tiens sur des skis, et je dévale avec confiance la piste "beginner", grâce aux instructions de mon moniteur personnel qui vient de Park city, Utah, la ville des jeux olympiques alors c'est un champion... Moi je n'en suis pas là, mais j'ai quand même osé la piste bleue, c'est un peu plus dur mais c'est tellement beau ! Et je ne suis tombée que 3 fois, sur la piste difficile !

Stevens Pass, la station de ski, à 1h30-2H de route depuis Seattle, a l'air d'un autre monde: il faut traverser les campagnes aux maisons un peu glauques (vous connaissez un peu l'atmosphère des romans de Faulkner) mais aux paysages magnifiques, puis on arrive dans les montagnes, soudain tout enneigées alors que la ville met déjà ses habits de printemps...
Je retourne à mes cours de français, toute courbaturée....

Friday, March 30, 2007

Cherry Blossom


C'est le murmure qui parcourt la ville... venez voir ces arbres couverts d'une neige rosée, qui s'élèvent fièrement au milieu du campus ! Les étudiants, en tongues et shorts, se roulent de plaisir dans les pétales tendres et les premiers rayons printaniers... il ne fait pas encore bien chaud mais on a sorti débardeurs et lunettes de soleil, et puis les balles de jonglage, les guitares et toute sorte d'attirail de plage. C'est aussi la promenade familiale, la promenade des écoles, on n'a jamais vu autant d'enfants dans ces lieux. Ni autant d'appareils photos, haletant de cliquetis pour saisir la fragile beauté des cerisiers en fleurs.
La ville entière s'épanouit, sous le regard bienveillant des montagnes.

Sunday, March 11, 2007

Enfin des nouvelles...

Voilà bien longtemps que je n'ai pas raconté mes aventures seattleites sur ce blog... plusieurs personnes s'en sont inquiétées, ce qui m'a donné l'occasion de voir combien ce blog était populaire(!!). Alors il ne m'est rien arrivé de mal, au contraire... c'est juste que j'hésitais un peu à rendre public ce qui m'occupait ces derniers temps.. bref j'ai rencontré un charmant jeune homme, Cody, il est adorable et beau comme un ange, super cool et assez nerdy pour me supporter, il joue de la guitare et aime l'Afrique mais je n'ai pas encore trop eu l'occasion de l'entendre jouer de la "highlife"... il me prépare des petits sandwichs avec des pousses d'herbes "sprout" pour mon déjeuner de midi et me dit "bonjour mon amour " en français auvergnat (héritage de Brassens) avec un accent américain trop charmant... on va se marier à Las Vegas le mois prochain avec feux d'artifice et hamburgers. Vous êtes tous conviés d'ailleurs.
Sans blague. Je suis actuellement au Tully's de l'aéroport de Seattle, on my way to France, pour y passer les vacances de printemps. Je dois encore corriger les copies de mes élèves et écrire deux papiers, mais tout va bien. En fait tout va vraiment très bien depuis quelques semaines. Je ne sais pas quoi raconter d'autre, sauf que je découvre la vie underground de Seattle, les clubs branchés où se produisent les musiciens d'un peu partout, j'étais dans un club hier soir, où jouait un groupe super-connu-c'est-le-meilleur-du-monde - même que le guitariste il a joué avec Prince dans Purple Rain (mais je suis incapable de retrouver le nom, trop compliqué).
Sinon j'ai vu des films..the Last King of Scotland... J'en suis sortie avec un mal de tête phénoménal, tellement j'étais choquée, mais c'est un film extraordinaire.
Bon vraiment j'y vais, je ne veux pas rater mon avion !!

Sunday, February 11, 2007

Beaucoup de mots, pas de photos...

Après une longue semaine où j'ai dû écrire deux papiers (une lecture théorique du problème des réfugiés, pour laquelle j'ai pas mal péché dans mon mémoire sur Arendt, et un papier sur la notion de souveraineté que j'ai choisi d'examiner à travers la question des lois françaises sur l'immigration, histoire d'utiliser ce terrain que j'ai fait à la pref de Bobigny - d'ailleurs Vincent, si tu lis ça, j'aimerais bien des nouvelles du séminaire !), après tout cela donc, à quoi s'ajoutaient des montagnes de copies de français, il me fallait prendre l'air et tenter un peu de me racheter de ma coupable contribution à la déforestation de la planète. Je suis donc retournée à Colman Park (cf "Martin Luther King Day") planter des arbres. Il faisait très beau, la compagnie des volontaires était sympathique, même si beaucoup n'étaient pas si volontaires que ça car les universités et certains lycées imposent un nombre d'heures minimum de "service dans la communauté" pour valider un cursus d'études. Donc ils traînaient un peu de la pelle en attendant que ça se finisse... Mais avec le soleil printanier se reflétant sur le lac et la bonne odeur d'humus, c'était pour moi un moment incroyablement bénéfique. En revenant, j'ai rencontré Ail, un Africain-Américain la cinquantaine très joviale qui m'a fait la conversation pendant tout le trajet de bus (presque une heure), m'expliquant la gentrification de Seattle, sa vie comme boucher syndiqué à San Francisco, les problèmes raciaux aux Etats-Unis, son expérience du Viet-Nam, la guerre en Iraq avec l'argent de laquelle on ferait mieux de financer un système d'assurance-maladie pour les vieux (les assurances privées coûtent en moyenne 300 à 400 $ par mois quand on a plus de 65 ans)... Notre périple nous a menés au centre-ville, nous nous sommes séparés devant le marché, du coup j'en ai profité pour aller me chercher un maquereau, chez le poissonnier le plus fameux de Seattle - connu non seulement pour la fraîcheur de la marchandise, mais aussi pour l'attraction touristique du "lancer de poisson": on demande un poisson à l'étalage, un des poissonniers vous demande comment on doit le préparer (vider? laisser la tête?) puis le balance à l'autre bout du stand en criant " One mackerel Clean it !Leave the head !" en rythme repris par les cinq ou six autres poissonniers, en choeur, et sur fonds de cris des touristes qui se trouvent sous la trajectoire du poisson. La prochaine fois j'essaierai de vous faire une vidéo, je ne suis pas sûre que vous saisissiez le côté spectaculaire de la chose avec mes descriptions approximatives.
Donc le poisson, c'était pour faire la cuisine à ma copine Amal, qui me fait toujours des plats palestiniens et à qui je voulais cuisiner un truc un peu français (mais sans porc et sans alcool).
Le soir, je suis allée avec un groupe d'amis TA de français et d'espagnol voir "Les Monologues du Vagin", une pièce de Eve Ensler qui a eu un succès international, j'ai longtemps hésité à y aller en France, j'en avais toujours entendu beaucoup de bien mais je ne savais pas trop... j'ai trouvé ça génial ! Des choses graves parfois mais surtout beaucoup d'humour, j'ai beaucoup ri, entre les différentes catégories de gémissements pendant l'amour et les récits de visites chez le gynéco, bref je n'en dis pas plus, c'est un truc de fille aussi parce que les mecs qui sont venus n'ont pour en majorité pas beaucoup aimé, l'un a trouvé ça perturbant, un autre a trouvé ça chiant... Mais à toutes les femmes qui lisent ce blog je vous conseille vivement d'aller voir cette pièce! (http://au-theatre.com/bdd/PageT/monologue.html)
On a fini la soirée dans un club hip-hop qui organise 2 fois par mois une soirée indienne, avec tous les indiens (d'Inde) de Seattle, une ambiance folle de hits américains remixés à la sauce indienne (vous connaissez la chanson K2R à Bombay ? voilà, c'est le genre...).
Le lendemain dimanche il fallait bien que je travaille un peu, je suis allée bouquiner dans mon café préféré hippie-artiste 'Wannabee". Puis je me suis retrouvée, par d'heureuses rencontres, dans un resto érythréen à manger de l'injira en écoutant un Américain du Ghana jouer de la kora...
Bref c'était un week-end assez éclectique, je me suis efforcée de faire plein de choses pour pouvoir nourrir ce blog qui, je le constate avec plaisir, est lu assidûment par certains d'entre vous ! n'hésitez pas d'ailleurs à laisser vos commentaires...

Sunday, February 04, 2007

Des centimes et des millions

Week-end studieux après une longue semaine... J'ai bien peu de choses touristiques à raconter, sinon peut-être cet escapade dans une grande librairie du centre-ville qui m'a donné matière à m'occuper par la suite. Donc commençons par là.
Vendredi soir je suis allée avec ma copine Amel dans une grande librairie toute en boiserie, Elliott Bay, endroit magique et ruineux, comme toute librairie agréable pour les amateurs de livres. J'ai acheté quelques livres pas très joyeux mais très intéressants, dont "Nickel and Dimed", une enquête sur les travailleurs pauvres aux Etats-Unis, un livre sorti en 2001 qui a eu beaucoup de succès et qui devrait être lu de manière plus large. C'est une essayiste, Barbara Ehrenreich, qui s'est lancée dans l'expérience de tenter de vivre, comme près de 30% des travailleurs américains, avec un salaire inférieur à 8$ de l'heure. - (pour avoir une idée du coût de la vie, considérez juste que les dollars équivalent aux euros. L'Amérique pas chère, c'est un mythe entretenu par les hamburgers à 1$, mais entre nous je ne sais pas trop avec quoi ils sont faits car acheter au supermarché la viande pour faire le hamburger ça coûte déjà plus de 1$...) - Serveuse en Floride, femme de ménage dans le Maine, vendeuse dans le Minnesota. On traverse l'Amérique des odeurs de graisse, du mal de dos et des pauses-pipi minutées. On recense un catalogue impressionnant de trucs répugnants entre les conditions de travail et les conditions de logement. Mais outre cet aspect exotique pour une étudiante qui vit bien dans son petit bureau, sa petite chambre et la grande bibliothèque moltonnée de moquette, "Nickel and Dimed" c'est une livre à suspens, on reste accroché jusqu'à la résolution du mystère: avec 7$ de l'heure chez Wal-Mart, comment va-t-elle payer les 56$ d'hotel par jour dans Minneapolis (où il est impossible de se loger pour moins cher) tout en gardant de quoi manger ? Au risque de dévoiler la résolution de l'intrigue, je vous dis tout de suite qu'elle n'y arrive pas, d'où l'on voit que même en travaillant 10h par jour 7 jours sur 7 elle se retrouve à aller frapper à la porte des organisations de charité et autres oeuvres philanthropiques qui ont remplacé un Etat d'autant plus absent depuis les réformes de l'aide sociale dans les années 1990. La journaliste abandonne quand elle se rend compte qu'elle dépense plus en logement qu'elle ne gagne à son travail... elle se dit que finalement elle ne va pas payer pour travailler à Wal-Mart !
Bref ce livre (qui est traduit en français sous le titre de l'Amérique Pauvre) m'a pas mal occupé l'esprit... Et par dessus cela j'ai ajouté un documentaire sur Enron, recommandé pour un cours de sciences politiques. Je n'avais pas vraiment compris le scandale d'Enron quand c'est arrivé, je ne connaissais pas la compagnie, j'avais juste compris qu'ils avaient falsifié leurs comptes et s'étaient effondrés en bourse... En fait c'est une affaire énorme car Enron était le premier courtier en énergie, et la firme était passée au main de ses boursicoteurs depuis plusieurs années, avait inventé la notion de "revenu hypothétique anticipé" pour investir de l'argent qu'elle n'avait pas, voyait toutes ses manoeuvres couvertes par les comptables (Arthur Anderson notamment) et les banques, et surtout se servait d'incroyables complicités politiques pour faire augmenter les prix de l'énergie: vous vous souvenez des coupures de courant en Californie, qu'on trouvait étranges dans un Etat si riche ? C'était Enron ! Le documentaire ne s'attarde pas trop sur les complicités de la famille Bush, que des présomptions peut-être, mais les documents montrant comment les courtiers d'Enron ont organisé la pénurie d'électricité en Californie sont impressionnants. Je vous invite à le visionner le passage (pour les anglophones only, sorry), et à le faire circuler auprès de ceux qui voudraient déréguler le marché de l'énergie... Le documentaire vaut la peine d'être regardé en entier ( http://video.google.com/videoplay?docid=-6156657092799332311 )

Bon je ferais mieux la semaine prochaine en termes de week-end, promis. Mais le temps était un peu pourri ce week-end, tout le monde est plus ou moins enrhumé à cause des redoux et des re-froids. Et puis il faut bien que je vous fasse partager mon indignation, surtout que tout ça menace de nous arriver droit dessus avec le mois de mai et un certain étalon admirateur invétéré du système américain dans toute sa splendeur...

Sunday, January 21, 2007

Entre l'Iraq, la Palestine et l'Algérie....

Quel rapport avec mes pérégrinations américaines ? Bon l'Iraq, c'est assez évident. Je vous renvoie aux posts précédents, en fait je n'ai pas grand chose à ajouter sinon que l'on voit de plus en plus dans des journaux des tableaux comparant le coût de la guerre en Iraq à ce que coûterait par exemple le financement d'une assurance maladie universelle pour les Américains... La Palestine, c'est qu'avec mon amie prof d'arabe (on dit TA= Teaching Assistant) j'écume les cercles activistes des médias alternatifs qui s'efforcent de contrer un peu la propagande hyper-pro-israélienne des Etats-Unis; j'ai vu un documentaire poignant sur la colonisation de la Cisjordanie samedi, dans une petite église d'une petite ville de la grande banlieue de Seattle (ce sont les églises qui forment le coeur du tissu associatif des Etats-Unis, et elles prêtent leurs locaux à tout plein d'associations en tout genre). C'était poignant non pas par dramatisation du malheur palestinien (bon à la limite on n'a pas besoin des violons pour dramatiser, la situation est déjà tellement terrible en elle-même), mais par la sécheresse des cartes. L'argument du film, appuyé par des universitaires israéliens et des associations pacifistes (La Paix Maintenant) était que le Mur n'avait pas de visée sécuritaire mais au contraire une visée d'expansion du territoire israélien. En effet, plus de 40% de la Cisjordanie se trouve du côté "israélien" du Mur.... Le documentaire expliquait comment, juste après Oslo (ironie de l'histoire, vraiment?) le nombre de colonies et de colons en Cisjordanie s'était dramatiquement accru, créant un système d'apartheid très élaboré, fait de clôtures, de zones interdites, de routes réservées et de couvres-feu. La situation d'Hébron, qui conaît justement ces derniers jours une tension particulièrement vive, relève complètement d'un autre temps: ville arabe d'environ 150 000 habitants, Hébron a été colonisée par une poignée d'extrémistes (environ 400) qui se sont installés en centre ville et, avec l'appui de l'armée, ont imposé leur ordre dans la ville: couvre-feu quasi-permanent, rues interdites aux arabes, expropriations... Le directeur du Mémorial Yad Vashem, sans utiliser le mot de pogrom, dénonce des agissements qui rappellent les persécutions antisémites de l'Europe d'avant guerre (http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArtVty.jhtml?sw=hebron&itemNo=815603). Bref, arrêtons là, c'est décidément un conflit sans fin.
Quant à l'Algérie, je redécouvre sa période noire à travers le très beau roman de Boualem Sansal "Harraga", qui raconte l'histoire de deux femmes dans Alger, deux femmes face à la corruption d'un système aussi croulant que cruel et face à l'islamisme aussi obscurantiste que sanglant. L'une, une vieille fille solitaire, se réfugie dans ses rêves et les fantômes de sa maison, l'autre, une jeune fille exubérante qui a fait irruption dans cette maison, court après on ne sait quelle passion, dans un tourbillon de parfums et de folie que sa grossesse scandaleuse ne ralentit pas... Bref, c'est un roman que je vous recommande, écrit avec une verve joyeuse et caustique à la fois, qui finalement ressemble beaucoup à cette voix de l'Algérie qui souffre de ses victimes, râle contre ses tyrans, mais en rit en même temps. Allez, un peu d'espoir, je crois à la rédemption du monde arabe par la littérature, il faut bien croire à quelque chose...
Pour ne pas décevoir ceux qui lisent mon blog à la recherche de mes aventures touristiques, voici ma découverte d'hier: en me promenant sur la jetée de Seattle (Waterfront), je suis entrée un peu par hasard dans un magasin de souvenir, qui se présentait comme un magasin de curiosité. Entre les tasses à café thermos (hyper à la mode), les petits bibelots à la noix, les haricots sauteurs (un truc mexicain bizarre: c'est un haricot qui gigote; en fait la vendeuse m'a dit c'est parce qu'il y a des larves de mite dedans. Du coup la chose a perdu de son charme, et je me suis dit que j'allais éviter d'en ramener à Pantin, parce que si ces mites mexicaines s'accouplent avec les mites du placard à mouloukhia, alors on n'en a pas fini avec les invasions !!), donc entre tous ces trucs bizarres pour touristes, comprenant aussi bien des trucs" locaux" que des machins exotiques (genre les dents de requins fossilisés trouvés au Maroc...??), j'ai trouvé, au fond du magasin, deux momies, momies d'explorateurs morts dans je ne sais quel désert au Mexique, pas mangés par les mites des haricots sauteurs, et qui sont arrivés dans ce magasin par je ne sais quel miracle; elles sont exposées dans des vitrines de verre, seules les cartes postales sont à vendre, les momies sont des pièces de musée... Et à côté, un buste de femme Jivaro, mais là vraiment j'ai du mal à croire que c'était un vrai. En tous cas c'était terrifiant. Je suis vite sortie respirer l'air frais du port...

Tuesday, January 16, 2007

La preuve par l'image (tongues, 3e épisode)


Bon, beaucoup d'entre vous étaient sceptiques... vraiment? ils sont en tongues même quand il pleut et qu'il fait super froid ? alors aujourd'hui, comme il neige depuis 4 jours et qu'il fait environs 0,5 degrés celsius, j'ai pris mon appareil photo, et voilà la preuve. Tu vois Maman que j'exagère pas !

L'image n'est pas très nette en zoom mais ça vaut la peine parce que vous voyez les tas de neige sur l'esplanade dégagée par les agents de l'université...

Monday, January 15, 2007

Back in Seattle



De retour à Seattle.. je n'ai pas beaucoup écrit depuis, vous pourrez croire que mes vacances à New York m'inspiraient davantage que ma vie à Seattle, mais c'est surtout que j'ai beaucoup de travail ici, entre mes cours à préparer (j'enseigne un autre niveau, une autre classe, donc il faut tout recommencer... Je leur montre "La vie est un long fleuve tranquille" en ce moment) et les cours que je suis (un cours de droit- anthropologie sur les réfugiés, un cours de sciences politiques sur le droit international avec un prof israélien qui a un accent à couper à la tronçonneuse, c'est marrant, et un cours de littérature sur les écrivains francophones du Maghreb, histoire de lire un peu des romans et de trouver des matériaux pour mes cours !)... J'ai aussi emménagé dans une nouvelle maison, plus près de l'université (cf photo).


Mais Seattle est aussi en soi une ville inspirante... elle me donne davantage envie de peindre que d'écrire d'ailleurs... peindre cette lumière de cristal humide quand le soleil se lève sur les cimes enneigées...




Aujourd'hui, c'était le Martin Luther King Day, un jour de congé pour lequel l'université proposait de participer à différentes activités de volontariat. Je me suis inscrite dans un groupe pour entretenir une forêt sur les rives du Lac Washington, à Seattle, un peu au sud de l'université, donc j'ai planté des arbres dans le froid et dans la boue toute la journée, je suis super contente !
Je suis aussi allée voir, mi par militantisme mi par curiosité, une manif contre la guerre en Iraq, la semaine dernière. C'était une petite manifestation d'une poignée d'opposants irréductibles qui se réunissent au bord d'une route chaque samedi, brandissant des pancartes contre la guerre et lisant les noms des soldats américains morts dans les opérations militaires. Les voitures qui passent klaxonnent en signe de soutien, ou les insultent parfois, mais ne s'arrêtent pas. Je suis allée là bas avec trois amis arabes (deux tunisiens et une palestinienne) et nous avons lu aussi les noms des civils iraqiens morts lors de la guerre, soit au cours des opérations militaires américaines (les noms des habitants de Fallouja s'égrénaient interminablement sur des pages et des pages), soit au cours d'attentats (comme celui qui a visé le bâtiment de l'ONU), soit au cours d'affrontements communautaires - les victimes sont parfois identifiés simplement par un membre de la famille (femme d'Ali, fils de Tareq), soit complètement anonymes (un bébé, une vieille femme). Nous n'avons lu que quelques centaines de noms sur les 650 000 morts dénombrés jusqu'à présent. Mais mettre un nom sur les statistiques donne une tout autre dimension au conflit. Il en va de même pour les soldats américains, si jeunes (la plupart ont mins de 22 ans), beaucoup de Latinos.
On me demande souvent depuis la France si les choses bougent aux Etats-Unis. Pour être honnête, je vous répondrai que pas trop. Un nouveau Congrès a été élu mais 1/ il n'a pas une majorité très forte, 2/ il a peu de pouvoir, et le seul moyen qu'il a d'entraver la guerre est de couper les budgets militaires, ce qui selon les analystes politiques serait un suicide politique pour les démocrates car l'opinion publique les percevrait alors comme des saboteurs de l'armée.
Enfin, trève de politique, c'est la neige qui passionne ici, la neige qui fait une saison de ski merveilleuse à Seattle (il faudra vraiment que j'aille sur les pistes), la neige qui a submergé le Colorado et menace le bétail élevé en plein air (des centaines de bêtes seraient déjà mortes, il paraît qu'on ravitaille les survivantes par hélico), la neige qui ne tombe pas sur la Côte Est où il fait anormalement doux (les arbres bourgeonnent à New York!)...

Wednesday, January 03, 2007

Happy New Year !

Bonne année - bonne santé - du bon vin pour toute l'année ! je vous envoie mes meilleurs voeux depuis New-York, où la nouvelle année commence dans la grisaille... j'ai un peu raté la folie new-yorkaise pour le réveillon d'hier, il faut dire que pour avoir une place à Time Square, assister aux concerts, au décompte et au feu d'artifice, il fallait arriver à midi... et à cette heure là Damien et moi sortions de la messe à Harlem (eh oui, encore) et nous dirigions vers un monastère du moyen-âge perché sur les rives de l'Hudson - encore tout étourdis par le sermon de Jesse Jackson que nous venions d'entendre, et par l'apparition surprise de Kofi Annan dans l'église d'Harlem...

Le "cloister" (cloître) est une petite église romane reconstituée à partir d'arches, voûtes, colonnes, cloîtres complets, portails, d'églises et monastère pour la plupart abandonnés après la révolution française. L'ensemble architectural est d'une grande beauté, et abrite une partie des collections médiévales du Metropolitan Museum - d'ailleurs, à propos de ce musée, de ses merveilles et des rencontres inattendues qu'on peut faire à New York - Nombril du Monde, j'ai vu Mitterrand dans une des salles d'arts asiatiques... et puis le Sacre de Georges Washington Guidant le Peuple (ce n'est pas le titre officiel mais vous voyez à quoi je fais référence... ).




Sur ces propos décousus, je vous souhaite une très bonne année. Je triche un peu, parce que j'ai écrit le début de ce message à NY, mais je le finis de Seattle où je suis rentrée hier. J'ai repris les cours aujourd'hui... je pense que mes messages vont s'espacer un peu... J'ai une nouvelle maison, donc une nouvelle adresse:

5249, 17th Avenue NE
Seattle 98105 WA
USA
C'est très sympa, je suis contente. Mais je n'ai pas de téléphone... de toutes façons je reste sur skype !
Bisous à tous

Thursday, December 28, 2006

Washington DC - The City of Magnificent Distances


Une petite escapade de deux jours dans la capitale fédérale... une ville monumentale, dessinée pour être le siège du pouvoir et la célébration des fondateurs de la nation.

Les plans ont été imaginés par un architecte français, L'Enfant, qui avait sans doute vu la terre vierge sur les rives du fleuve Potomac comme un terrain tout désigné par la Providence pour la réalisation des grandeurs les plus monumentales...

Le pauvre architecte est finalement mort dans la misère et l'oubli, après avoir été congédié car ses plans étaient inconciliables avec les approches plus pragmatiques des autres urbanistes appointés par Georges Washington pour construire la capitale. Mais les plans ont été conservés et ce sont d'immenses monuments d'inspiration gréco-romaine qui s'élèvent dans de majestueuses perspectives.
Un sens de la grandeur, certes, un certain sens du marketing aussi... tout monument édifié se doit de battre un record pour mériter l'attention la plus extrême des visiteurs, comme ne manquent pas de nous le rappeler les guides et "rangers" qui font visiter les lieux.

Le plus haut obélisque du monde, construit de blocs de marbre et au sommet duquel deux yeux rouges scrutent l'horizon (ils ont certainement une utilité immédiate, comme avertir les avions, mais je soupçonne d'autres fonctions plus ésotériques... ces yeux ressemblent terriblement à ceux des fétiches dans Kirikou et la sorcière) ; le plus grand bâtiment en marbre du monde (la National Gallery of Art); la plus belle bibliothèque du monde (dixit le guide de la bibliothèque du congrès, édifice effectivement magnifique); la plus grande démocratie du monde sous le dôme du capitole (hum...).
Washington est une ville qui se visite, il n'y a pas la vie de NY (surtout que la plupart des fonctionnaires doivent être actuellement en congé: résultat, il n'y a que des touristes, des gardes, et des drapeaux en berne en mémoire du président Ford).

C'est une capitale faite pour forger l'identité nationale, autour de ses lieux fondateurs (les monuments abritant les institutions de la démocratie), de ses personnalités marquantes : Jefferson (qui a un beau monument de marbre entouré de pins, ce qui lui donne un air très méditerranéen- photo) et Lincoln (dont la statue paternelle regarde de haut toutes les manifestations qui se déroulent à ses pieds...); Roosevelt aussi a un monument qui retrace, avec ses paroles gravées dans le granit, les moments clés du New Deal...

Et bien sûr la personnalité fondatrice, Georges Washington, à qui la ville est toute entière dédiée, et qui est même représenté en "ascension" sur le plafond de la coupole du Congrès - comme Jésus dans l'iconographie des églises... c'est un culte de la personnalité qui peut surprendre par son omniprésence (curieusement on était plus habitué à voir cela chez les ennemis de l'Amérique !) mais finalement quand on voit combien les Etats-Unis revendiquent l'héritage de Rome, tout fait sens...
Enfin troisième moment du culte national, les monuments aux morts: le monument aux combattants de la Seconde Guerre Mondiale, inauguré très récemment (2004), qui égrène des batailles et des noms de lieux ; le monuments aux morts du Viet Nam, qui égrène le nom des Américains morts au combat, et qui sont encore chéris par leurs proches, en témoignent les fleurs, l'arbre de noël avec ses messages, les visiteurs avec leur petit papier où ils ont griffonné la référence de la plaque commémorative pour retrouver un nom parmi les milliers d'autres.


En face, le monument aux morts de la guerre de Corée (photo), et le "combat pour la liberté"...



Je repars avec des sentiments mitigés, impressionnée par la foi de l'Amérique dans sa grandeur et sa capacité à réaliser l'accomplissement de l'humanité par la démocratie et la science, effrayée aussi par ce que cette foi peut avoir de fanatique dans ses excès.

Monday, December 25, 2006

Noel à New York


Aujourd’hui, journée larvesque et studieuse. Il pleut à New York, journée idéale pour ne rien faire, tout en préparant un peu mes cours pour la rentrée. Ente le chapitre sur le présent (tiens je découvre qu’il y a 4 groupes de conjugaisons en français, j’ai toujours cru qu’il y en avait 3…) et le chapitre sur l’impératif (avec une délicieuse comptine de Prévert), je vais vous raconter les jours passés à New york…

J’avais bien commencé méthodiquement et puis tout s’est effiloché, je suis presque entrée dans une routine newyorkaise, à sortir le soir à des concerts, dans des bars ou dans des clubs de jazz semi-clandestins, à me lever à pas d’heure et me promener avec Damien l’après-midi. J’ai continué mes visites de la ville fantastique, aussi bien dans ses hauteurs que dans ses souterrains…

Voici quelques photos de l’Empire State Building et de la "skyline" New York - un peu brumeuse ce jour là mais d’autant plus fascinante d’une luminosité auréolée de mystère, dans laquelle se découpent et se fondent les silhouettes d’une forêt de grattes-ciel….



Et puis des photos de l’intérieur de la Gare Centrale, toute parée pour la fête, diffusant tous les quarts d’heure un spectacle son et lumière évoquant l’atmosphère de noël…

Et ces murs d'un squatt d'artiste à Lower East Side (entre Greenwich Village et Chinatown), superposant les rencontres - Par chaînes de contacts plus ou moins directes d’amis d’amis et leurs amis respectifs, j’ai rencontré pas mal de monde. Des étudiants arabes qui m’ont fait découvrir le quartier arabe du Queens où on peut fumer une bonne chicha malgré l’interdiction générale de fumer à NY (ce sont des chichas « sans nicotine »… !) ; un juif newyorkais qui écrit un guide des sorties, nous a harponnés lors d’un spectacle de danse du ventre à la Brooklyn Academy of Music, nous a proposés de venir voir un spectacle de musique sépharade dans un club célébrant la fin de Hannoukhah puis nous a tenu la jambe pendant 3 h pour nous parler du prix nobel du génie décerné à un des musiciens de ce club ; un indien architecte, Chai (qui travaille à construire des grands ouvrages un peu partout dans le monde) et sa sœur, Debochery (oui elle a un nom très bizarre mais c’est une jeune fille très décente et réservée, et très belle en plus) qui sont venus passer le réveillon avec nous. New York est une ville très cosmopolite…j’ai l’impression d’être au centre du monde…
J’ai visité le Metropolitan Museum of Art ( Met’ pour les intimes), absolument extraordinaire, j’ai l’impression de dire ça tout le temps mais c’est vrai ! Depuis les plus fins textiles byzantins (Violaine tu pourrais négocier un voyage d’étude avec ton école) au patio de palais andalou entièrement déplacé de son Espagne originelle, en passant par les paravents japonais, les impressionnistes français (euh je triche, je ne les ai pas vus parce qu’on ne pouvait pas faire le musée en une fois…), les vitraux de cathédrales gothiques, les ivoires, les petits santons en porcelaine de Saint Petersbourg, les statues maya et leurs vases aux motifs de bande dessinée, les totems papous (dont le sourire égare un peu le spectateur après les tableaux légers de Boucher… cette figure que nous voyons comme sympathique représente-t-elle vraiment une divinité bienveillante, ou est-ce nous qui n’avons pas les bonnes clés de lecture ? Je lance le débat pour les amis intéressés, ceci s’adresse à Julien en particulier)… Ces impressions sont un peu décousues, pardonnez le style, disons que j'ai été émotionnellement perturbée... Et en cherchant des photos sur internet pour illustrer tout cela, je m'aperçois que je n'ai pas vu le quart des collections (moi qui pensais en avoir parcouru presque la moitié !)

Dimanche, jour du Seigneur et jour de Noël, nous sommes allés à deux messes (entre les deux, courses, préparation du repas, une bonne dinde aux agrumes, recette maison).

Le matin, il a fallu se lever tôt pour aller à la messe à Harlem (un quartier Nord de Manhattan, le quartier Noir, toujours pauvre mais en fait assez joli avec ses grandes avenues et ses petits immeubles anciens, ce n’est pas du tout l’image de ghetto que j’en avais !).
C’était une messe africaine-américaine, menée par le pasteur Rev. Calvin O. Butts, qui a commencé la messe (après le chant de bienvenue du chœur) par une présentation des « invités » aux membres de l’église, puis une lecture de messages personnelles ( X. est en ce moment en voyage d’études à Sanghai, grâce à une bourse financée par l’église, et elle nous adresse un message de Noël, Y. a perdu sa mère, nous nous associons à son chagrin et la remercions d’avoir pensé à l’église dans ses dons..) : on a l’impression d’assister à une réunion de famille. Puis après quelques chants, prières, et lecture d’évangile, le pasteur commence son sermon d’emblée très politique. L’attitude de la police est inacceptable, et la communauté noire ne peut plus tolérer cela (je pense qu’il faisait allusion au fait général d’une très inquiétante sur-représentation des Noirs dans les taux d’arrestation et d’incarcération aux Etats-Unis, et d’un fait divers plus récent où un jeune homme, suite à une altercation dans un club de NY, a été abattu de 40 balles par la police alors qu’il n’était pas armé) : le pasteur donne publiquement un ultimatum aux autorités, qui doivent apporter des réponses satisfaisantes avant le 15 janvier.

Puis il reprend sa lecture de la Bible, et dénonce l’hypocrisie du gouvernement, qui envoie des soldats en Iraq et ne se préoccupe pas des pauvres de Harlem. Il conclut son sermon en espérant qu’une vraie révolution interviendra dans 2 ans (nb. Elections présidentielles). Il est très chaudement applaudi. Le sermon politique enchaîne très naturellement sur des prières et des actions de grâce, et de très beaux chants. On repart, ayant enfin compris l’importance que la religion pouvait avoir pour les Américains en général, pour les Noirs en particulier. Autour de l’église se forme une véritable communauté de gens qui se connaissent et se soutiennent. La messe n’est pas seulement un moment de prière, c’est un moment où la communauté se définit elle-même et se soude.

Abyssinian Church est l’une des églises les plus anciennes et des plus célèbres de Harlem - notamment grâce au prédicateur Adam Clayton, élu à la chambre des représentants en 1945 et très actif dans la lutte pour les droits civiques (déségrégation de l’armée) mais aussi pour une politique sociale (salaire minimal). A entendre la force rhétorique du pasteur Calvin O. Butts, sa virtuosité oratoire, et l’impression qu’il produit sur son auditoire, je comprends aussi que les églises puissent être un lieu de formation politique…
Dans un tout autre style, après un repas de Noël partagé entre agnostiques, athées, hindous et musulmans, nous sommes allés écouter la messe de Noël à l’église Saint Ignace de Loyola, catholique comme son nom l’indique, une immense cathédrale dans un style contre-réforme, tout en marbres et en dorures, et un auditoire presque complètement blanc… quel contraste avec Harlem ! la musique était très belle, mais le sermon du prêtre un peu ennuyeux (surtout à minuit…), et bien plus conservateur qu’à Harlem…Je me demande dans quelle mesure l’église influence politiquement les fidèles ou au contraire si les fidèles choisissent leur église en fonction de leurs convictions politiques (je parle d’église non pas comme confession en général, mais comme lieu spécifique, avec une certaine histoire, certaines personnalités, un certain type d’auditoire).

C’est la dernière solution qui me semble plus plausible (un épisode de Six Feet Under confirmerait cette intuition : le jeune entrepreneur de pompes funèbres gay, qui fréquentait une église très libérale avec son amant policier black, a changé d’église pour être inséré dans un milieu où il se ferait plus de relations pour ses affaires – banquiers, avocats etc. – mais la nouvelle église étant trop conservatrice, il est retournée à la précédente.. Je n’ai pas fini la série, je ne sais pas ce qui se passe après. Pour ceux qui l’ont vu, Olivier notamment, je suis très intéressée par vos commentaires - photo: une autre église de Harlem)
Fini pour aujourd'hui... il pleut toujours, il y a peu de passants dans la rue ce soir et de temps en temps on entend ces alarmes de voiture absolument insupportables qui en même temps font le charme de New York...

Tuesday, December 19, 2006

La Liberté...


Aujourd'hui, belle journée ensoleillée, j'ai visité la Statue de la liberté et Ellis Island, où arrivaient les immigrants. Je vous épargnerai l'histoire de la statue de la Liberté, grand symbole de l'amitié franco-américaine. Mais quelques mots sur Ellis Island: l'île était le point d'entrée des candidats à l'immigration aux Etats-Unis, de 1892 à 1956. La plupart des immigrants à cette époque venaient d'Europe, et 75% d'entre eux sont passés par Ellis Island. On estime à environ 12 millions le nombre de gens qui sont passés par ce point de contrôle, ont subi la visite médicale et parfois le test d'alphabétisation. Il y aurait 100 millions d'Américains descendant d'un émigrant passé par Ellis Island. C'est dire si ce lieu marque la mémoire nationale.

Lieu d'accueil pour ceux qui ont fuit la misère et les pogroms, Ellis Island est encadrée par la statue de la liberté sur sa petite île, et par les hautes tours de Manhattan sur le continent. Le musée raconte comment le pays s'est construit par ses migrations successives - il est très centré sur l'Europe, on ne parlera pas trop des Mexicains qui de toutes façons ne sont pas passés par Ellis Island. Beaucoup de belles photos, de documents historiques. On peut chercher le nom de son ancêtre sur les registres numérisés des archives. S'émouvoir devant les images de ces immigrants quittant une Europe misérable et tyrannique pour la Terre promise qui s'annonçait lumineuse et grandiose de toute la hauteur de ses grattes-ciel.



En bonus, les lumières de Time Square.. impossible de rendre en photo cette impression étrange d'être assiégé par les néons et les publicités plus ou moins agressives, cette impression indéfinissable de n'importe quoi, devant ces façades clignotantes, avec rien derrière.. Mais heureusement cette débauche de scintillements commerciaux est finalement limitée à cette portion de Broadway. Ce n'est pas le New- York que j'aime, vous l'aurez compris...

Sunday, December 17, 2006

NY3-Frick collection & Chinatown


Aujourd'hui, visite de la Frick collection, encore un musée extraordinaire, une collection privée qui contient parmi les plus belles pièces de la peinture, allant de Cimabue à Gainsborough en passant par Turner et Vermeer. Je vous ai mis ici un Whistler, parce que c'est un des seuls peintres américains représentés et que j'aime beaucoup cette symphonie rose vaporeuse...
On peut visiter le musée en ligne, avec de très belles reproductions des tableaux: www.frick.org




Le soir, pour faire à manger, nous sommes allés dans une poissonnerie à Chinatown, en passant par Little Italy - du quartier italien, il ne reste qu'une grande rue de restos pastas-pizzas, cafés espresso, et puis quelques bibelots catholiques...








Par contre le quartier chinois se porte bien, avec tous ses commerces de l'alimentation à l'électronique, et même les banques en chinois...









Et comme c'est Hannoukah, il y a de petits chandeliers absolument partout (restos, magasins, entrées d'immeubles, supermarché), et même parfois des camionettes des Loubavitch qui annoncent avec une joyeuse musique mi-Bar Mitvah mi-marchand de glace l'arrivée à NY du rabbin Moshiah (cf photo, dans Chinatown)

Saturday, December 16, 2006

Les voies de la politique

Je reçois régulièrement des questions portant sur la politique aux Etats-Unis, il est temps d'y répondre, surtout que j'ai eu plusieurs mois pour mûrir ce sujet... Alors laissez-moi vous dire que la politique, ce n'est pas un sujet qu'on aborde en société. D'abord c'est chiant. Ensuite, ça fâche. Enfin, ce n'est pas fun. Bon après ces simplifications, quelques exemples pour illustrer tout ça et le contredire:

Les élections de novembre ont beaucoup plus passionné le monde que les Américains eux-mêmes. Le débat politique, d'après ce qu'il m'en a semblé, a été pas mal eclipsé par les scandales de corruption (autant financière que morale) frappant les personnalités républicaines... D'autre part, les grandes questions nationales (comme la guerre en Iraq) sont certes très importantes, mais au moment même du vote elles sont diluées parmi tout un tas de questions de politique locale, allant de l'élection du shériff ou du juge, au vote sur les propositions citoyennes concernant la réforme globale de la politique fiscale, la réglementation de la distance légale entre la stri-teaseuse et le client de la boîte de strip-tease, la suppression de la subvention phénoménale accordée à l'équipe de basket de Seattle, les Sonics, qui n'a pas gagné un match depuis des années et réclame un nouveau stade, la réparation de telle route - et ils en auraient bien besoin, je suis effarée du mauvais état des rues aux Etats-unis : les autoroutes sont bien entretenues, mais dans les villes même les grandes avenues sont pleines de trous, et à Seattle, dès qu'il pleut, on se croirait au Sénégal avec des routes impraticables... pourtant on ne peut pas vraiment dire que la pluie soit une condition météorologique exceptionnelle ici.. hum...

Deuxième remarque générale sur la politique... J'ai suivi un cours de sciences politique le trimestre dernier. J'ai lu beaucoup de choses, appris beaucoup sur la "culture politique" aux Etats-unis et sa résistance à l'Etat providence. Mais j'ai été assez déçue du professeur : j'avais l'impression qu'il cherchait dans la science politique une science de prédiction des résultats électoraux... comme si ça servait au tiercé quoi! Je trouvais ça absurde, d'autant plus que chacun des cours (un séminaire en comité restreint, 7 élèves, et j'étais la seule fille...) comportait au moins une demi-heure de digression sur le baseball ou le poker. Cela m'ennuyait terriblement, surtout quand il était question de faire des paris, de tirer des prédictions pour gagner un maximum de fric. Je trouvais ça particulièrement immoral et cela dégradait beaucoup à mes yeux l'image du professeur, qui était censé être un intellectuel dans les hautes sphères de l'esprit plutôt que dans ces paris très bassement matériels. Jamais de débat idéologique ou philosophique sur la politique américaine: j'en étais frustrée (d'ailleurs je me venge beaucoup en privé. On va encore dire que les Français sont anti-américains...).

Mais finalement je crois que j'en ai appris beaucoup sur la culture politique américaine, "politique du poker": tâter le terrain, bluffer, et essayer de gagner un max.

Mais en écrivant mon "final paper" pour ce cours, un commentaire d'un discours d'une personnalité politique américaine, j'ai trouvé autre chose que cette politique du cynisme. J'ai choisi de commenter le discours de Barack Obama, Sénateur black de l'Illinois, très en vogue dans les médias et dans l'opinion, au point qu'on peut vraiment parler d'un "phénomène Obama".

Il s'est fait connaître en 2004, lors du discours de clôture de la Convention Démocrate, où il appelait à un nouveau consensus national, surmontant les fausses divisions morales pour trouver un nouveau souffle politique, et croire en une politique de l'espoir. L'expression "the audacity of hope" est devenu son leitmotiv, et le titre de son bouquin paru en 2006 et déjà best-seller -

Obama est désormais ovationné partout et tient des meetings à travers l'Amérique où il est accueilli comme une star de ciné, et raconte, avec beaucoup de modestie, son parcours politique improbable, lui le "skinny little boy with a funny name", et sa vision d'une Amérique plus juste (avec un salaire minimum plus décent et une couverture maladie globale) . Dans le NYT, le gouverneur du New-Hampshire racontait qu'il avait programmé la salle pour les Rolling Stones, puis qu'il avait annulé le concert ensuite en réalisant qu'Obama ferait davantage d'entrées ( http://www.nytimes.com/2006/12/11/us/11obama.html )... Alors, prochain président des Etats-Unis ? La route sera longue et difficile mais sincèrement le personnage m'est très sympathique (en plus il est plutôt charmant, non?)